Miss France à Amiens : 550 000 € la soirée, soit 8 fois les subventions annuelles pour la lutte contre les discriminations et les violences

A Amiens, plus d’argent est dépensé pour accueillir la soirée du concours Miss France que pour faire vivre, toute une année, les associations œuvrant contre le sexisme et les discriminations !

Article de Anne-Sophie Vozari

Amiens accueillera le 6 décembre prochain l’élection de Miss France 2026. Certains s’en félicitent : un show médiatique, quelques retombées promises, une visibilité supposée. Pourtant, derrière les paillettes, cet événement révèle un profond anachronisme et un choix politique plus que douteux.

Depuis 1920, le concours Miss France repose sur un même principe : mettre en compétition des femmes sur la base de leur physique. Les critères de sélection ont évolué mais la logique demeure : l’apparence comme hiérarchie, le corps comme objet de classement.

Ce spectacle rétrograde n’est pas seulement accueilli à Amiens : il est largement financé par la collectivité, à hauteur de plusieurs centaines de milliers d’euros.

En conseil métropolitain, le 6 novembre dernier, seul.es les élu.es des groupes Amiens, c’est le tien et Communistes, Républicaines et Citoyennes s’y sont opposé.es. Si les votes de la droite et de l’extrême droite ne surprennent pas, ceux des élu.es socialistes doivent alerter : elles et ils ont voté pour !

Dans un contexte où les adolescentes subissent une pression esthétique de plus en plus forte et un mal-être dramatique, ce signal est désastreux. Faut-il rappeler les effets délétères des standards de beauté sur la santé mentale des jeunes filles et des jeunes femmes ? Les chiffres doivent pourtant nous interpeller. La DREES le rappelle année après année : les pratiques d’automutilation et les tentatives de suicide sont en hause chez les jeunes filles et les adolescentes.

Alors que l’urgence est à la lutte contre le sexisme et ses effets dévastateurs, comment justifier que l’argent public serve à mettre en scène des normes de beauté restrictives et un classement des femmes entre les “plus belles” et “moins belles” ?

L’organisation de Miss France à Amiens représente 550 000 € de dépenses publiques, pour seulement 450 000 € de soi-disant recettes attendues. Ce qui laisse au moins 100 000 € directement à la charge de la collectivité. Et pour quel bénéfice ? Pour un show produit par Endemol, l’une des plus grandes multinationales audiovisuelles françaises, qui n’a nul besoin de subventions publiques pour prospérer. La collectivité finance donc un programme télévisé… qui fera surtout les bénéfices d’un groupe privé.

Ce constat est d’autant plus choquant une fois considéré le budget alloué, par la Délégation à l’Egalité entre les femmes et les hommes, Lutte contre les discriminations et Aide aux victimes de la Ville. Le contraste est saisissant. Selon le dernier bilan des actionsdu service municipal, la collectivité a consacré 67 430 €, en 2023, à l’ensemble des projets visant les discriminations et les violences (dont seule une partie concerne le sexisme).

Autrement dit, la collectivité dépense davantage pour un concours de beauté que pour soutenir, toute une année, toutes les actions associatives de lutte contre le sexisme, les discriminations et les violences faites aux femmes.

Ce déséquilibre budgétaire dit tout de la hiérarchie réelle des priorités.

En finançant massivement Miss France, Amiens métropole et la Ville d’Amiens ne se contentent pas d’accueillir un événement. Elle envoie le message suivant : 2025, les pouvoirs publics peuvent encore célébrer la compétition des corps et conforter les stéréotypes sexués et hétéronormés.

Amiens en mieux, c’est une ville qui comprend que les choix budgétaires sont des choix politiques. Que les euros dépensés ne sont pas neutres.

Amiens en mieux, c’est une ville où vos élu.es se demandent à qui bénéficie vraiment les dépenses publiques et s’interrogent sur leurs effets en termes d’égalité. Parce que chaque euro investi peut soit renforcer les stéréotypes, soit les combattre.

Article de Anne-Sophie Vozari

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